article écrit par Amélie Canchaya
Vous vous êtes peut-être un jour demandés : "Mais pourquoi est ce que l'Amazonie s'appelle l'Amazonie ?"

Carte indiquant l'emplacement de l'Amazonie
Elle tient son nom d'une histoire, celle d'un Conquistador, Francisco d'Orellana, et d'un de ses voyages.

Francisco de Orellana
Francisco d'Orellana est, selon les sources, un ami de Francisco Pizarro (celui qui a envahit le Tahuantinsuyo, l'empire Inca), un cousin de celui-ci, ou simplement un membre de sa famille.
Il se rend très jeune aux Amériques où il sert au Nicaragua et se fait remarquer, puis part en soutien à Francisco Pizarro en 1535 qui est en train d'entamer la conquête du Tahuantinsuyo (pour plus de détails, vous pouvez lire notre petit article sur le sujet avec ce lien)
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Carte du Tahuantinsuyo
En 1541, Orellana part avec Gonzalo Pizarro chercher de la canelle sous demande du gouverneur Pizarro (frère du premier) (rappelons qu'en Europe, certaines épices dont la cannelle se vendaient mieux que l'or en ce temps).
Après avoir traversé les Andes et n'avoir trouvé que des faux cannelliers, l'expédition a déjà perdu 3000 des 4000 porteurs Incas et indigènes et 140 des 220 Espagnols. C'est durant ce moment qu'Orellana perd un oeil.
Buste d'Orellana le montrant avec un oeil en moins
Gonzalo fait donc brûler et jeter en pâture à ses chiens les guides Incas et repart vers un lieu plus au Nord (l'ancienne capitale du Nord de l'empire Inca). Pendant ce temps un bateau, le San Pedro, est construit pour Orellana pour transporter les blessés et rechercher de la nourriture, les vivres commençant à manquer.
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Construction du bateau d'Orellana
Les deux hommes devaient se retrouver dans un lieu mais, après quelques mois à attendre, Pizarro decida de rentrer seul à Quito.
Ainsi Orellana entreprit un long périple sur le fleuve Amazone.
Sur le chemin, certains dirigeants de tribus amazoniennes l'avertissent de l'existence proche de leur position d'une tribu autochtone assez dangereuse, les Icamiabas. (D'autres récits racontent qu'ils essayent de l'y attirer en disant qu'il y a de l'or dans la région en question.) Le mot "Icamiaba" vient du Tupi, peuple majoritaire de la côte de l'actuel Brésil, et veut dire "femmes sans maris" ou encore "poitrines détruites".
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Femme Tupi
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Homme Tupi

Position en Jaune des endroits où vivaient les Tupis sur les côtes indiquaient par le nom du peuple surlignés en jaune
La tribu Icamiaba est décrite comme une tribu de femmes du côté de la région actuel du Brésil de Nhamundá Orellana les décrivait comme de grandes femmes, qui marchaient nues et ne portaient que l'arc et la flèche et elles habiteraient des maisons en pierre et possèdaient des métaux précieux.
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Alors que l'expédition célébrait la Saint Jean, les Icamiabas attaquent, faisant de nombreuses victimes et marquant les récits de Gaspar de Carvajal, le chroniqueur d'Orellana.

Ancienne représentation de l'attaque

Représentation récente de l'événement
Cela marque la naissance du mythe des Icamiabas.
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Voyage complet d'Orellana
Lorsque le récit arriva entre les oreilles de Charles Ier, roi d'Espagne, comte de Flandre, empereur du Saint Empire Romain Germanique, etc., celui-ci fit, comme Orellana et son chroniqueur, un lien avec les Amazones, les guerrières légendaires de la mythologie grecque qui formaient une société sans hommes. Il nomma donc le fleuve qui traverse l'Amazonie, l'Amazone.

Représentation d'une Amazone de la mythologie grecque
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Portrait de Charles Ier
De cela naîtra l'idée et la légende que les Icamiabas sont les protectrices d'El dorado ( la légendaire cité tout en or) et va marquer les idées en Europe.
De nos jours, les historiens critiquent beaucoup ces descriptions, puisqu'elles sont évidemment une projection des mythes européens sur un monde totalement différent, et qu'elles peuvent de plus être liés à de la confusion vis à vis de la réalité. Cependant, cela ne fut pas la seule expédition qui partit en Amazonie. On cite le récit datant de 1630 du prêtre espagnol Pedro Cristóbal de Acuña qui accompagnait une expédition portugaise dans l'Amazonie Brésilienne, et qui expliquera que les Icamiabas cherchaient leurs amants dans la tribus des Guacarás, ainsi que de l'expédition de la Condamine en Amazonie. Charles Marie de la Condamine était un savant français venu en Amérique du Sud avec pour mission de mesurer la courbure de la Terre et étudier sa forme réelle (la Terre est en fait pas exactement ronde mais d'après Newton un peu applatie aux pôles et enflée à l'Équateur). Après ses mesures, il décide d'entreprendre un voyage dans l'Amazonie pour aller à la rencontre des Icamiabas.

Charles Marie de la Condamine
En effet, d'après monsieur de la Condamine, s'il y a un endroit au monde où il peut y avoir des Amazones, c'est bien ici.
Il voyagea ainsi de Cuenca en actuel équateur jusqu'à Cayenne en Guyane française de 1743 à 1744.

Carte indiquant la position de Cayenne en Guyane
Il ne croisera pas les Icamiabas, cependant son travail permit de récupérer de nombreuses informations sur l'Amazonie, ses animaux et ses plantes, même si la Condamine restait empli de pas mal de stéréotypes péjoratifs sur les indigènes de l'Amazonie qui sont restés dans ses récits.
Il fournit également la description des Muiraquitãs, des pendentifs fabriqués dans de l'Amazonite, représentant un animal (généralement une grenouille mais on trouve aussi des poissons où des tortues) et selon la légende traditionnellement par les Icamiabas.
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Exemple d'un Muiraquitã en forme de grenouille
D'après la légende, une fois par an, les Icamiabas quittait leur territoire Iaci-Taperê (la montagne de la Lune) lors d'une période de pleine Lune, allaient voir des hommes guacarás, puis célébraient une grande cérémonie à Iaci, la déesse de la Lune de la mythologie Tupi, Mère des Lacs et guérisseuse des cœurs malades. Les deux groupes se réunissent au lac miroir de la Lune, le Iaci-Uaru, puis après une importante cérémonie qui avait pour but de montrer que la Lune bénissait ces unions, chacune des Icamiabas passait des moments d'intimité avec son amant. Après cela, elles partaient à la rivière confectionner un Muiraquitãs pour les heureux élus de ce soir : elles rentraient dans l'eau et recevait de la déesse de la Lune de l'argile verte, qu'elle utilisait pour confectionner le pendentif. Il s'agissait ainsi d'un talisman charger de porter protéger son porteur, mais également d'encourager cette homme à leur être fidèle.

représentation de ce mythe
Encore aujourd'hui la légende des Icamiabas est très présente dans le folklore du Brésil. On peut encore acheter des Muiraquitãs au Nord du Brésil, qui bénéficient d'une certaine popularité.

En 1923, dans le sujet du livre Macunaíma de Mário de Andrade est la perte par le protagoniste d'un Muiraquitã qu'il a reçu de son amante Icamiaba.
On peut citer la création de la chanson Icamiabas par Tony Medeiros que vous pouvez écouter avec ce lien
Voici les paroles traduites approximativement :
Yaci Uaruá, hei hei Yaci Taperê, hei hei Yaci Uaruá, Yaci Taperê
Yaci Uaruá, hei hei Yaci Taperê, hei hei Yaci Uaruá, Yaci Taperê
Je plongerai au cœur du royaume des Icamiabas
J'affronterai les eaux et naviguerai sur les fleuves
(Je le ferai, je le ferai)
Je plongerai au cœur du royaume des Icamiabas
J'affronterai les eaux et naviguerai sur les fleuves
J'interrogerai Orellana
À propos des guerrières
Que Conori commandait sur les rives du Nhamundá
Mère de la forêt, dame de la jungle qui a tout vu
Dis-moi le secret perdu dans le méandre du fleuve
Mère de la forêt, dame de la jungle qui a tout vu
Dis-moi le secret perdu dans le méandre du fleuve
Amazone, héritière guerrière des muiraquitã
Nation vaillante qui un jour a… Du sang. Cette terre est souillée.
Ce sont des histoires de la forêt, m'a dit Carvajal.
C'est la saga de notre peuple, la légende la plus vivante que le temps ait conservée.
Ce sont des histoires de la forêt, m'a dit Carvajal.
C'est la saga de notre peuple, la légende la plus vivante que le temps ait conservée.
Une espèce de grenouille découverte en 2018 a reçu son nom des Icamiabas : la boana Icamiaba.


Photos de Boana Icamiaba
Je m'arrêterai ici en espèrant que cela vous aura plu !

Représentation d'une Icamiaba